Chasse à
courre
Par Freeman
J’ai d’abord
entendu les chiens. Combien étaient-ils
? Je ne sais pas. Dix, vingt, trente ? Ils approchaient.
Si vite. D’abord, je n’ai pas réalisé.
Pourquoi aurais-je dû avoir peur ? Quel
mal aurais-je commis, justifiant que l’on
me traque ? Mais j’ai dû vite comprendre
: c’est pour moi qu’ils venaient.
Alors j’ai
couru. J’ai tout tenté. J’ai
traversé ces bois, qui m’ont vu naître.
Moi, qui devais être leur roi. Combien de
temps me reste-t-il ? Des heures déjà
que je fuis. Je suis robuste. Mais cette course
m’épuise. Mes pattes, que l’effort
tétanise, me font souffrir. Mais je fuis
toujours. Ils ne m’auront pas comme ça.
Une rivière ! Peut-être mon salut.
Si je la traverse, ils perdront peut-être
ma trace. Le souffle me manque. Je sens mon cœur
qui bat, si vite, à se rompre. Je lutte
depuis si longtemps. Je m’arrête.
Où suis-je donc arrivé ? Je ne reconnais
pas cet endroit, moi qui pensais avoir vu chaque
recoin de mon domaine. Mon domaine. Des images
me reviennent. Ces bois où j’ai grandi.
Ces jours, ces nuits, où l’on n’entendait
que mon brame. Mais ce sont les chiens que j’entends
aujourd’hui. Les oiseaux ne chantent plus.
Le temps s’est arrêté. Il n’y
a plus que la meute, toujours plus près,
et cette trompe qui résonne, toujours,
toujours. Je n’en peux plus. Je voudrais
avancer encore. Retrouver les clairières
de mon enfance. Mais il est trop tard.
Chaque nouveau pas
me fait souffrir. Un fourré. Je ne peux
plus fuir. Je dois me cacher. Peut-être
qu’ils passeront sans me voir ou qu’en
me voyant ainsi, épuisé, sans défense,
ils auront pitié de moi ? Mais plusieurs
chiens, plus rapides, sont déjà
là. Je suis terrifié. Ils se jettent
sur moi. Me mordent au sang. Non. Ils ne me laisseront
pas. Je repars. Le plus vite que je peux. Mais
il est trop tard. Mes forces m’ont abandonné.
Je suis encerclé. Et la tempête s’abat
sur moi. J’en ai connu des orages. Mais
celui-là… La meute fond sur mon corps
éreinté. Je sens leurs crocs dans
ma chair. Je me débats. Mais ils ne lâchent
pas. Ils sont des dizaines sur moi à me
mordre, me mordre, me mordre encore. J’étouffe.
Par pitié, laissez-moi respirer. Et cette
trompe, qui s’emballe.
Voilà les
hommes. J’en avais croisé, déjà.
Ceux-là se sont déguisés
en tas de feuilles, pour l’occasion. Ils
ont l’air si heureux, si excités
de me voir ainsi, le corps déchiqueté,
ensanglanté, misérable. Les sonneries
des trompes venaient de ces hommes. Mais ma vision
se trouble. Je n’arrive plus à les
voir. Suis-je déjà mort ? Non. Mon
calvaire va durer encore. Je sens toujours mes
pattes, déchiquetées, broyées
par les chiens. Comme je souffre. Et tout ce sang.
Par pitié, que l’un de ces hommes
déguisés leur dise d’arrêter
! Qu’il m’achève enfin. N’est-ce
qu’un cauchemar ? Comment peuvent-ils faire
ça ? Pourquoi ? Est-ce pour finir ainsi,
pétrifié de terreur, de douleur,
que je suis né ? Quelle faute ai-je commise
pour mériter ce sort ? La trompe sonne
encore, je crois. Mais je ne l’entends plus
vraiment. Des heures à fuir, dans la terreur.
Des minutes. Plusieurs minutes à assister
à ma torture, impuissant. Je ne vois plus
que du sang. Une ombre qui s’approche. Un
coup, violent, comme de la foudre. Mais je vis
encore. Puis un autre, enfin.
Dans un instant,
ces hommes déguisés pourront fêter
ma mort, faire hurler leurs trompes ridicules,
rire, chanter et danser autour de mon corps mutilé.
Ils apaiseront leur soif de violence en observant
leurs chiens se disputer mes restes. Les oiseaux
de mon domaine pourront chanter à nouveau.
Jusqu’à la prochaine fois.
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La chasse à
courre, ou vénerie, est un mode de chasse
qui consiste à poursuivre un animal, pendant
plusieurs heures, à l’aide d’une
meute de chiens. Réunis en bandes, des
chasseurs en treillis, à pieds, sur des
chevaux ou à bord de voitures tous terrains,
rabattent des cerfs, des daims, des sangliers,
des chevreaux (grande vénerie), des renards,
des lièvres, des lapins (petite vénerie)
terrorisés, afin de provoquer leur épuisement
total. Lorsque la victime est aux abois, qu’elle
a fui pendant des heures, qu’elle ne peut
plus avancer, à demi-morte de fatigue et
d’effroi, que les chiens l’ont rattrapée
et que de multiples blessures lui ont été
infligées, l’hallali peut être
sonnée. L’animal est alors mis à
mort, après de longues minutes de souffrances,
par les chiens eux-mêmes ou par les chasseurs,
qui l’achèvent à l’aide
d’une dague. Les festivités s’achèvent
par la curée, au cours de laquelle la meute
est autorisée à se partager les
restes de la victime.
Cette chasse est
d’une barbarie et d’une violence sans
nom. L’animal chassé subit un stress
évident et souffre énormément.
La seule description du déroulement de
la chasse permet de le comprendre. Mais des études
scientifiques ont établi l’extrême
souffrance endurée. Le petit gibier est
souvent déchiré vivant par la meute
surexcitée. La chasse à courre est
pratiquée même en dehors des périodes
de chasse autorisées.
www.roc.asso.fr
www.antichasse.com
http://fr.wikipedia.org
http://league-animal-rights.org
La plupart des pays européens
ont interdit la vénerie depuis plusieurs
années. L’Angleterre a mis fin, depuis
peu, à ces pratiques d’un autre âge.
www.ifaw.org
Mais elles
disposent encore de la caution de la loi en France.
Les associations de défense des animaux
craignent d’ailleurs une recrudescence de
la chasse à courre sur le territoire français,
les chasseurs étrangers, frustrés
par ces interdictions, s’y précipitant
désormais pour s’adonner à
leur barbarie préférée.
Il est grand temps
de mettre un terme définitif à ces
atrocités, indignes d’un pays qui
se dit civilisé.
Une proposition
de loi vient d’être déposée
au Parlement, à ce sujet. Elle reste néanmoins
encore timide, s’agissant en particulier
des délais qu’elle réserve.
On sait, par ailleurs, que les propositions de
loi ont beaucoup de mal à passer en France.
L’opposition
à la chasse à courre doit donc être
massive pour pouvoir aboutir.
En attendant d’autres
actions, voici une première pétition,
qui a déjà recueilli 6 000 signatures.
Une version papier, à imprimer, signer
et faire signer, et une version en ligne :
www.antichasse.com |